31 décembre 2025, à Crans-Montana, un village touristique des Alpes. Le bar "Constellation" organise une fête à l'occasion du Nouvel-An 2026. Comme il le fait chaque année depuis l'ouverture de ce bar il y a dix ans.
Il est maintenant 1h30 du matin, le 1er janvier 2026, le bar affiche complet. Plus de 300 invités sont à l'intérieur. La plupart sont jeunes (15-25 ans). Le clou de la fête de Nouvel-An c'est l'arrivée des bouteilles de champagne, décorées avec des allumettes de bengale - qui produisent des étincelles.
A ce moment précis, le plafond du bar s'embrase. Probablement allumé par les allumettes de bengale. Certains invités, loin de s'inquiéter, prennent des photos et des vidéo de la scène, et les publient sur TikTok ou Instagram. La fête bat son plein et on entends de la musique. Puis en l'espace de 2 minutes tout le plafond s'embrase, le local se remplit de fumée et les invités recherchent à sortir.
Ils ouvrent alors la porte principale, et se ruent vers l'escalier qui mène à la sortie. Instantanément, le petit incendie se transforme en un immense brasier. Les flammes se forment dans l'air enfummé devant la porte principale et une boule de feu frappe les invités entassés devant la porte de sortie. C'est le backdraft.
Le bilan est lourd: 40 morts, et plus de 110 blessés, avec des brûlures sur le haut du corps: visage, cheveux, mains, bras... Parmi les morts il y a 20 suisses, 9 français et 6 italiens. La plupart des victimes se trouvaient devant la porte de sortie. Parmi les victimes, il y a aussi deux employés du bar.
C'est quoi le backdraft ?
C'est une complication des incendies en intérieur, connu et redouté par les pompiers. Certaines matières utilisées à l'intérieur des logements ou des bars brûlent en deux phases: Ils cuisent sous la chaleur du feu (du début d'incendie) et s'évaporent en gaz inflammable qui nourrit l'incendie. En milieu clos la chaleur et les gaz inflammables s'accumulent, et le feu s'étouffe et semble tout d'abord s'éteindre. Puis suite à un simple appel d'air (par exemple ouvrir une fenêtre) les gaz accumulés dans la pièce s'embrasent en une boule de feu accompagnée d'une déflagration, comme lors d'un coup de grisou.
Parmi les matières qui peuvent provoquer un backdraft, il y a l'ABS, le polyuréthane et le nylon. Ces polymères sont largement utilisés en intérieur: isolation, rembourrage des canapés, tapis, tissus, textiles, vêtements, peinture et colle. La mousse polyuréthane, utilisée pour l'isolation, brûle rapidement, produit beaucoup de chaleur et des fumées toxiques.
L'enquête
Dix jour après le sinistre, les témoignages commencent à tomber. Certaines victimes sortent du coma. Une enquête est ouverte en vue de trouver le responsable. Les allumettes de bengale, qui ont provoqué l'incendie, ne sont pas interdites en intérieur. C'est une pratique courante des bars, et qui ne pose pas de problème, du moment que le bar est protégé contre les incendies. Une protection efficace contre les incendies est une condition clé pour qu'un bar obtienne l'autorisation d'ouvrir au public. Or le bar est ouvert depuis dix ans.
Ce que disent les témoins:
- le bar, de 400 places, affichait complet, et on attendait qu'une place se libère.
- J'ai vu de la fumée, j'ai appelé la police, et il y a eu une explosion pendant l'appel. La police, qui se trouve à 300 m de là, est venue très vite.
- Les hôtes du bar couraient à travers les flammes pour s'enfuir, on voyait leur ombre. Ils sortaient les cheveux et les habits en feu
- On aurait dit un attentat, sauf que ce n'est pas provoqué
- Il y avait des gens couchés devant l'unique sortie du bar, qui bloquaient le passage. J'ai cassé les fenêtres pour pouvoir sortir
- Le jour précédent, il y a eu un anniversaire, et le bar a utilisé des feux de bengale. Il n'y a pas eu d'incident.
- Le propriétaire confirme qu'ils utilisent régulièrement les allumettes de bengale dans le bar, depuis des années.
La police et la justice doivent déterminer si l'incendie a été causé par une malveillance, si le bar était conforme à la loi, et si sa resistance au feu a été évaluée par les autorités. L'enquête en cours, réalisée par les autorités locales du Valais, pourrait bien être transférée à d'autres autorités. Raison: les autorités locales, qui donnent l'autorisation d'ouvrir au public, font partie des suspects. Les autorités de France et d'Italie ont également ouvert une enquête.
L'hôpital du Valais, à proximité de Crans-Montana, n'a pas la capacité d'accueillir toutes les victimes de l'incendie - 116 blessés, souvent gravement brûlés. Certaines victimes ont été envoyés dans les hôpitaux plus grands de Lausanne, Genève, Zürich, Berne, Lyon et Paris. Crans-Montana étant difficile d'accès en ambulance, les blessés ont été transporté en hélicoptère. Plusieurs compagnies d'hélicoptère opèrent régulièrement dans cette région - notamment lors d'accidents de ski.
Certaines victimes n'ont aucune trace de brûlures et selon l'autopsie, sont morts par asphyxie, intoxiqués par la fumée et le manque d'oxygène (le feu a consommé l'oxygène). Une vidéo publiée le 21 janvier, soit 3 semaines après l'incendie, révèle que le bar était déjà en feu au moment où le personnel défile avec les allumettes de bengale. Parmi les personnes impliquées dans ce défilé, il y a Jessica Moretti, la patrone et propriétaire du bar. Il y a également Cyane, une proche des Moretti et employée du bar.
Une simulation effectuée dans le cadre de l'enquête révéle que l'évacuation des 300 clients présents dans le bar prends 5 à 7 minutes. Tout semble indiquer que le feu s'est généralisé en moins de temps que ca. Selon le témoignage d'un pompier, le feu était presque fini quand ils sont arrivés et le local était rempli de fumée noire. Les murs et le plafond étaient calcinés, et le sol était intact, tout comme les téléphones mobiles des invités.
Accident international
Le village de Crans-Montana se trouve dans les Alpes suisses, à environ une heure de route de la France et de l'Italie. La grande majorité des victimes viennent de Suisse, de France ou d'Italie. L'événement a été largement couvert par le presse de ces trois pays. Il a fait l'objet d'articles, de rumeurs et d'une caricature - peu appréciée par les victimes. En Suisse, le 9 janvier a été déclaré journée de deuil national: les entreprises ont observé une minute de silence, les trains ont sifflé et les cloches des églises ont sonné dans tout le pays. Le président français Emmanuel Macron a participé aux obsèques. Le Prince de Monaco a affirmé que "un tel accident ne peut pas se produire dans mon pays". Micheline Calmy-Rey accuse les autorités du Valais de "copinage". Elle a été présidente de la Suisse (2007-2011) et elle est originaire... de Crans-Montana.
Les propriétaires du bar sont le couple Jacques et Jessica Moretti, originaires de Corse. Seule Jessica était sur place au moment où le bar a pris feu. Ils ont acheté les locaux il y a dix ans et les ont aménagé en bar. La mousse isolante - point de départ du feu - a été posée à ce moment là, en juillet 2015. Jean-Marc, le fils de Jacques et sa compagne Cyane travaillent au bar. Cyane, la compagne de Jean-Marc fait partie des victimes.
Ce n'est pas le premier accident de ce type. Quelques mois plus tôt, il y a eu un incendie provoqué par de la pyrotechnique dans une discothèque en Macédoine du Nord. Et en 2016 il y a eu un incendie dans un bar à Rouen suite à l'embrasement de la mousse isolante.


